bulletin 1/2013

Un sombre chapitre de l’Histoire suisse récente

Par Simon Hofstetter

Entre 1800 et 1960, il était de coutume, chez nous, que les autorités locales placent les enfants issus de milieux pauvres – comme les orphelins et les enfants de parents divorcés ainsi que les enfants de familles nombreuses – dans des foyers ou dans des familles, le plus souvent paysannes.

Les spécialistes estiment à plus de 100 000 le nombre d’enfants et d’adolescents placés durant cette période dans toute la Suisse. Dans leur nouveau lieu de vie, les enfants concernés étaient souvent considérés comme des membres familiaux de seconde classe et servaient surtout comme main-d’oeuvre sur le domaine. Pendant longtemps, la nécessité de ce système de placement des enfants a été justifiée par des contraintes économiques et ne fut jamais remise en question.

Débuts d’une mise à jour

Ce n’est que ces dernières années que la pratique des autorités de l’époque fut examinée d’un oeil critique et que le grand public prit conscience des conditions de vie des enfants placés. Les travaux scientifiques, les activités d’organisations concernées et la création culturelle (comme par exemple le film « Der Verdingbub » et le documentaire « Lisa et Yvonne ») ont permis au grand public de découvrir le fait que beaucoup d’enfants placés ont dû passer leur enfance et leur jeunesse dans des conditions dures et pénibles. Un grand nombre d’entre eux ne souffraient pas seulement de l’éloignement de leur foyer, mais subissaient souvent l’exploitation et l’abus. Lorsqu’on commença à savoir que les autorités de surveillance ou les personnes responsables n’intervenaient pas lors d’abus et n’accordaient pas aux enfants le soutien nécessaire ou tout simplement évitaient consciemment d’en prendre acte, des voix se sont fait entendre pour réclamer une mise à jour politique de la pratique du placement d’enfants.

Commémoration nationale du 11 avril 2013

Divers parlements cantonaux se sont d’ores et déjà préoccupés de ce sujet qui jouit actuellement d’une grande priorité sur le plan suisse. Sous la houlette de l’Office fédéral de la justice au sein du Département de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, les autorités politiques se sont réunies avec les organisations concernées et d’autres acteurs directement ou indirectement impliqués – associations de foyers, institutions ecclésiales, Union suisse des paysans et autres – en vue d’organiser une commémoration qui aura lieu le jeudi 11 avril 2013 à Berne. Cette commémoration a pour objectif d’accorder publiquement et au niveau national un espace au vécu et aux expériences des anciens enfants placés, de reconnaître les injustices subies par la faute des autorités et de demander pardon aux personnes concernées.

Participation des Églises

À côté des autorités étatiques et de diverses institutions, le personnel de l’Église et des organisations proches des Églises était également partie prenante dans la pratique du placement des enfants. Premièrement, les pasteurs de village étaient chargés par les autorités locales responsables des pauvres de surveiller les placements. Deuxièmement, dans le cadre du « mouvement des bonnes moeurs », des associations réformées s’engageaient à trouver des foyers aux enfants nés hors mariage. Troisièmement, beaucoup de foyers d’éducation étaient placés sous patronage réformé.

Il est incontestable que des manquements eurent lieu dans le cadre de cet engagement des représentants de l’Église ou proches de l’Église et que la dignité des enfants confiés à leurs bons soins fut massivement blessée.

Le fait que la FEPS prenne part, ensemble avec les représentants des deux autres Églises nationales, à la préparation et à la réalisation de cette commémoration exprime son souhait de reconnaître les manquements des personnes d’Église et des institutions proches de l’Église qui étaient impliquées dans le placement des enfants et d’apporter sa contribution au souvenir de ce sombre chapitre de l’histoire récente de la Suisse.

Démarches ultérieures

Toutes les personnes et institutions impliquées ont souligné que la commémoration du 11 avril ne constitue pas une conclusion, mais bien le début d’un processus long et approfondi de réflexion sur l’affaire du placement des enfants. D’autres démarches, comme la création d’une table ronde, des mandats de recherche pour la mise à jour ainsi que l’accès aux archives locales seront étudiées. La FEPS participera à ces discussions.